02 décembre, 2018

TOP/FLOP 2018 : Les Chatouilles, indispensable

Les Chatouilles est un film toujours à l'affiche à l'heure où je publie cet article alors accroche ton petit cœur et vas le voir.


© Stéphanie Branchu - https://andreabescond.com/les-chatouilles-le-film/
[TW - Viol et agressions sexuelles]

Pour le dire aussi simplement que le film le montre c'est l'histoire d'Odette, une petite fille, une femme, qui a été abusée sexuellement et violée à répétition toute son enfance par un ami proche de ses parents. Ce film navigue entre Odette enfant, qui rêve de devenir danseuse étoile, et Odette adulte, qui galère à vivre de sa passion et qui déboule chez cette psy dont elle voyait souvent la plaque en allant à la gare. C'est donc l'histoire d'un traumatisme et d'une reconstruction.

[Spoiler alert]

Le film est porté avec brio par l'actrice et réalisatrice Andréa Bescond, et soutenu par un casting très juste et touchant.
© Stéphanie Branchu - La mère (Karine Viard) dans le déni, la fille (Andréa Bescond) qui part porter plainte et le père (Clovis Cornillac) plein de remord et de haine envers son "ami" Gilbert.

J'ai beaucoup aimé la pudeur de ce film pourtant très violent puisqu'il ne t'épargne pas les scènes d'abus et de viol, et met en lumière l'abus de pouvoir et la manipulation émotionnelle que subit l'enfant. Le personnage de Gilbert, le violeur, est aussi effroyablement juste tant lui-même se rend aveugle à ses crimes. Il baigne dans une lucidité effrayant (une certaine peur d'être surpris), et une absence totale d'empathie et d'humanité quand face au visage impassible de la fillette puis ses petits cris de douleur il tient un discours basé sur une complicité amicale et se persuade qu'elle aime ce qu'il lui impose et inflige. Et ce jusqu'à son jugement en Cour d'Assise où il déclare hagard "J'pensais qu'elle aimait bien", "J'comprends plus rien".


© Stéphanie Branchu
Ce film, c'est aussi un film sur la danse, cette passion, qui maintient tant bien que mal Odette à flot, qui est son seul rêve, espoir, échappatoire. C'est à travers la danse finalement qu'elle ressent sa douleur, qu'elle dit son histoire, qu'elle crie sa colère. Je pense bien sûr au générique d'ouverture, un très beau solo d'Andréa Bescond, mais aussi à une scène qui se déroule au début de la vie adulte d'Odette alors dans une grand école de danse parisienne (cf. photo ci-dessous).

© Stéphanie Branchu
Le professeur de danse est extatique devant la performance émotionnelle d'Odette (mais critique sa "technique") et lui dit "c'est la souffrance d'une petite fille que vous avez choisi de nous montrer" (ce que la danseuse ne semblait pas avoir prémédité) avant de partir sur le délire qu'Odette reprend l'histoire de sa famille juive ayant vécu la Shoah (ce qui est fantasmagorique puisque Odette n'a pas d'origine juive) et refuse de se laisser contredire. Cette scène est pour moi l'expression de l'universalité de l'art, qui apparait comme une communication, un langage purement émotif qui transcende la barrière de la langue pour se heurter aux a priori et aux codes d'interprétation personnels en quête de surinterprétation. Ce film est donc aussi un très bel hommage à l'art.

www.lesecransdeparis.fr

LES CHATOUILLES


film de Andréa Bescond et Eric Métayer
avec  Andréa Bescond, Karin Viard, Clovis Cornillac, Pierre Deladonchamps, ...
sorti en 2018

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